MON HISTOIRE

LEÏLA, ma fille que je ne verrai jamais

Ma grossesse en 1990

Mariée à 20 ans au mois de juillet 1988, dans un village de l’ouest du Cameroun en Afrique centrale, j’apprenais plusieurs mois plus tard, que j’attendais un bébé.

Une joie immense pour moi. J’avais pris soin de mes neveux et nièces. Je devais le faire pour notre enfant.

Le papa et moi étions aux anges. 

Dès le début de ma grossesse, j’avais des nausées le matin, et parfois toute la journée. Je ne supportais pas d’avaler ma salive ni certains aliments sucrés. Je devais manger de la cola, un fruit amère, afin de ralentir l’excès salivaire. Cet état dura jusqu’aux quatre mois.

Un heureux événement se préparait. Mon ventre s’arrondissait peu à peu. Je parlais à mon bébé tout le temps. Je me voyais maman, lui faire prendre son bain, le téter, l’habiller. Les nuits blanches ? Je les attendais avec impatience. Mon bébé était le plus beau cadeau que la vie me donnerait. Je me trouvais jolie.

À six mois de grossesse, je me sentais fatiguée, trop fatiguée et j’avais des contractions, qui se manifestaient par des douleurs et une grosse pression au bas du ventre, il s’endurcissait par endroit.

Cet état inquiétant et désagréable me valut une hospitalisation de quelques jours dans la clinique de mon oncle, gynécologue obstétricien. Je n’avais aucune crainte pour mon bébé. J’étais certaine de l’avoir, du moins c’était ma prière, mon espérance, ma demande au bon Dieu.

Avant ma sortie, il recommanda à mon époux, que je n’attende pas la fin de ma grossesse pour me rendre à sa clinique, de préférence.

Selon le docteur, je devais me reposer plus souvent et j’avais reçu un traitement pour calmer les contractions.

Je devais être suivi de près, mais l’on ne m’avait pas prévenu que j’avais une grossesse à risque. Du moins, je n’avais aucune information directement. Mon époux et lui en avait discuté dans son bureau.

Une fois en voiture sur le chemin de retour à la maison, mon époux nous relatait ce que le docteur lui avait conseillé. Ma belle soeur n’était pas d’accord que j’accouche à sa clinique pour la simple raison que dans le quartier, il n’y avait pas des restaurants. Mon époux quant à lui, disait que cela lui coûterait plus d’argent que dans un hôpital publique.

J’écoutais, sans vraiment donner mon avis. J’étais femme au foyer. Ayant obtenu mon diplôme de secrétariat, je n’avais pas encore trouvé d’emploi et donc, ne participais pas aux dépenses du foyer.

Une fois à la maison, je faisais plus attention à moi en m’allongeant le plus possible. Mon époux faisait un peu plus le ménage et la cuisine.

Je limitais les longues promenades à pieds. Après chaque effort physique, les contractions reprennaient.

J’ignorais que mon accouchement serait difficile. Pour moi, il fallait suivre les recommandation du docteur ; il était l’un des meilleurs de la ville.

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L’accouchement 

Puis vint le Jour…

Dans la nuit, les contractions reprenaient, et au petit matin, j’en avais de plus en plus intenses. J’aurais pu appeler un taxi, et aller en clinique… je l’ai regretté. Etant une femme soumise aux volontés de son époux, sa réaction m’effrayais. J’avais déjà été frappée, non pas pendant ma grossesse. J’avais donc demandé à un jeune du quartier d’aller prévenir ma soeur aînée qui m’avait élevé, elle habitait à 5 minutes à pieds de chez nous autour de 9 heures ou plus, Je n’ai pas l’heure exacte. Mon époux étant allé au travail très tôt. 

Au fait nous sommes cinq sœurs. Je suis la troisième de la fratrie.

Ma soeur m’emmena dans un taxi à l’hôpital que souhaitait mon époux…ce fut le début de la galère. Les hommes n’assistent pas leur épouse en salle d’accouchement. Ce sont les femmes de la famille, c’était ainsi du moins à mon époque. 

Mon autre sœur aînée et ma belle sœur nous avaient rejoint le soir à la tombée de la nuit. Comment elles avaient été informées ?  Il n’y avait pas de téléphone portable. Cependant, je me réjouissais de les voir. J’imaginais mes deux sœurs donnant son bain à bébé comme elles le faisaient mutuellement.

 Et donc, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je ne connaissais pas l’existence du monitoring car je n’en avais jamais bénéficié. Les sages femmes avaient une technique qui consistait à poser un petit appareil sur le ventre de la future maman et écoutaient à l’oreille.

On m’installa dans une grande salle avec des lits séparés par des rideaux où chaque future maman attendait la naissance de son bébé. Les futurs papas n’avaient pas accès à cette pièce. Ils voyaient leur épouses en chambre de repos avec le bébé. 

J’entendais des cris et des pleures. Je me disais : « c’est donc celà l’accouchement ? »

Installée à mon tour sur une table d’accouchement avec l’aide de ma soeur, je pleurais de douleur de contractions à mon tour. Pas de péridurale , l’accouchement se faisait naturellement et on pouvait attendre des heures.

Une sage femme vint me faire un toucher qui consiste à introduire quelques doigts dans le vagin afin de mesurer je pense le niveau de dilatation.

Je devais sortir marcher dans cet état pour que le bébé descende plus bas dans mon utérus…ce qui dura vingt quatre heures. Le lendemain, ma robe était mouillée, je suppose que j’avais perdu les eaux.

Aucun médecin ne se préocupait de mon cas. Je ne sentais plus bouger le bébé mais je ne me doutais de rien. Pour moi, mon bébé devait naître à un moment donné.

Je priais le Seigneur mon Dieu. Je suis chrétienne et la prière occupe une grande place dans mon coeur.

Je demandais à mon Dieu de me délivrer. Je ressentais l’envie d’uriner mais rien ne sortait.

A chaque fois, je descendais de la table d’accouchement et allais aux toilettes en prière. Au bout d’un moment, je demandais au Seigneur de faire de moi ce qu’il veut. Si ma vie devait s’arrêter là, et si c’était sa volonté alors, je l’acceptais.

Je retournais sur cette table, une sage femme obstétricienne  passait par là, m’entendant pleurer, vint m’assister tout en m’ordonnant de pousser.

Le peu de force qui me restait, je poussais avec des cris stridents. J’avais perdu la notion du temps et puis au bout d’un moment : « Ouf ! Le bébé sorti, une fille » me dit-elle d’un air triste.

On emmena ma fille rapidement en soins. Je ne la reverrai plus.

J’appris qu’elle était morte en couche. Elle décéda avant la naissance effective. Je criais en versant toutes les larmes de mon corps pour la voir. Rien.

Chez nous, la traditiion veut qu’on enterre le mort né sans la présence de la maman qui ne doit même pas voir son bébé.

Cette pratique est faite pour soit disant  éviter à la maman des souffrances. Ils ont tort, j’en ai beaucoup souffert de ne l’avoir pas vu cinq minutes.

Je garde l’image de son petit visage.

J’étais traumatisée à l’idée qu’on ai pu l’enterrer sans que je sache qu’elle n’était pas vivante.

Je demandais à la voir, tout le monde était triste, mais personne ne me disait la vérité. J’ai dû deviner avant d’avoir la confirmation.

J’étais effrondrée.

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De retour à la maison après quelques jours à l’hôpital, certaines personnes de ma belle famille me donnaient des conseils à savoir, masser mes seins avec une serviette imbibée d’eau tiède. Je pense qu’elles croyaient que  ça soulagerait mes douleurs.

J’avais déjà une montée de lait et aucun soutien gorge ne les soutenait, tellement ils étaient gros et douloureux puisque le bébé devait les têter.

Une fois que je les avais massé selon les indications, sans réfléchir, tout le monde voulait mon bien.  L’horreur ! car cette montée de lait grandissait de manière exponentielle. Je n’aurais jamais dû le faire.

Ma maman arriva du village deux jours après. Elle était furieuse, disait à qui pouvait l’entendre que c’était une erreur de m’avoir conseillé cette pratique.

En effet, cela n’est nécessaire que lorsque le bébé est nourri au sein. J’aurais dû y penser. Dans mon cas, ce n’était pas la peine.

Je ne pouvais pas aller consulter mon oncle médecin. Il était triste d’apprendre ce qui m’était arrivé, il n’avait jamais voulu venir me voir.

Mon mari acheta un médicament conseillé par un médecin gynécologue. En lisant la notice, entre autres, les effets secondaires étaient une stérélité d’au moins sept ans.  J’étais dans une impasse. Je devais être soulagée, ce médicament avait été efficace, heureusement.

J’étais entourée par ma famille et ma belle famille. J’étais triste et pleurais souvent. Tout le monde me disait, et je cite « L’eau du vase a coulé mais le vase est intact », autrement dit « Il ne faut pas pleurer, tu auras un autre bébé » cette phrase me mettait encore plus en colère. On ne peut pas remplacer un bébé. Justement, le moment était mal choisi pour me dire ces consolations. C’était pour mon bien mais je ressentais de l’amertume. J’en voulais à mon mari, à ma belle soeur et à moi-même.

J’aurais pu avoir ce bébé si j’avais écouté les conseils du docteur. 

Je demandais à voir où elle avait été enterrée. J’y allais souvent.

Ma prière me consolait car je parlais à mon Dieu en sanglot, à longueur de journée. 

J’avais de moments de colère. Je devais prier car j’avais la vie sauve. Je remerciais le Saint Esprit de m’avoir assisté dans ces moments de douleur. Ma prière et ma croyance en Dieu m’avaient délivré dans cet hôpital. J’étais très entourée par ma famille.

Mon époux et moi, n’avions jamais parlé du bébé, JAMAIS. On faisait chacun notre deuil à notre manière. 

Je ne tiendrai jamais ma fille Leïla dans mes bras.

Un déchirement.

Ma vie sans ma fille, LEÏLA

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